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Nicolas Caplain, Directeur de la sélection de fonds externes de La Banque Postale Asset Management

le 21/04/2017 17:35:00

Quelles sont les bonnes questions à se poser avant de sélectionner un fonds dans lequel investir ?

Tout d'abord, il est nécessaire de rappeler que, pour notre part, nous sélectionnons pour nous-même en tant que société de gestion investisseur ou pour nos clients investisseurs institutionnels, donc avertis ou professionnels.
Il est donc avant tout primordial de bien identifier ses besoins en tant qu'investisseur et selon sa typologie.

Le process que nous avons établi pour nos besoins spécifiques, privilégie une approche à la fois " top down " et " bottom up ". Il distingue les différentes classes d'actifs sur lesquels se porte un intérêt, et détermine les risques et objectifs de performance associés à chacune d'elle.

Il n'y a pas de taille de portefeuille idéal, mais sur un portefeuille de 10/15 fonds, une bonne complémentarité pourra être faite en incluant des fonds d'actifs considérées comme incontournables et d'autres de classes d'actifs satellitaires. Alors que la classe d'actifs actions peut être considérée comme apportant du rendement et donc du risque, les taux, quant à eux, seront à considérer dans une optique de diversification avec une échelle de risque plus basse.

Sur quelle base doit être faite l'analyse des classes d'actifs à intégrer ?

Sur la base de leur espérance de rendement, de leur volatilité, de leur corrélation passée. Les considérations macroéconomiques permettront ensuite de valider ou d'infirmer les grandes lignes tracées et de définir les surpondérations et sous pondérations éventuelles.
Il y a lieu d'avoir à l'esprit que l'environnement actuel étant marqué par des taux d'intérêt extrêmement bas, le niveau de rentabilité espéré pour l'ensemble des classes d'actifs doit être revu à la baisse.
Pour autant une certaine hiérarchie des rendements est maintenue en fonction du risque pris, les actions apportant un surplus de rentabilité par rapport aux obligations d'entreprises qui eux-mêmes offrent une prime par rapport aux obligations d'Etat.
Se positionner sur le moyen long terme supposera nécessairement une exposition à des actifs risqués.

Il y a deux grandes manières de constituer son portefeuille...

La première manière est fondée sur une vision coeur-satellite. Il s'agira d'associer des fonds benchmarkés dans une perspective stratégique et des fonds de convictions plus marquées dans une optique plus tactique.
La seconde manière consiste à choisir plusieurs fonds qui ont, chacun, un risque modéré par rapport à un benchmark.
Ces deux approches peuvent être combinées mixées.

Elles ont chacune des avantages et des inconvénients...

L'avantage de l'approche coeur satellite est de bien délimiter les zones de risques pris. L'inconvénient est que les fonds à risques plus élevés mis dans la poche satellitaire sont plus difficiles à sélectionner. Ce sont des fonds qui requièrent d'être investis sur le long terme et qui connaissent forcément des périodes de sous performance. Ils sous entendent de savoir tenir ses positions quand il le faut, et de les remettre en question au moment opportun. Or, il n'est pas toujours évident de sortir d'un fonds lorsque l'on pense qu'un évènement rend un risque plus marqué.

Le mérite d'une sélection de plusieurs fonds présentant un risque modéré par rapport à un benchmark est celui de laisser moins de place aux mauvaises surprises. L'aléa de sortir d'un fonds en raison d'une crainte qui finalement s'avère infondée est moindre.

Qu'entendez-vous par risque modéré par rapport à un benchmark ?

Il est fait référence ici à la notion de " tracking error ". Le niveau de tracking error à partir duquel on considère qu'un fonds a un risque modéré n'est pas statique. Il varie notamment en fonction de l'intensité de la volatilité sur les marchés.
Ceci étant, en moyenne un risque modéré correspond généralement à un écart type de rendement entre le fonds et l'indice compris entre 3% et 6% pour un fonds actions. En dessous de 2%, le fonds est assimilé à un fonds indiciel ou indiciel tilté. Au-delà de 6%, on aura affaire à un fonds de forte conviction.

Comment choisir entre ces deux approches ?

Le choix de l'approche dépendra de sa sensibilité au risque et sa capacité à accepter des périodes possibles de sous-performance.

Une fois que les classes d'actifs et l'approche ont été définis, la poursuite du processus de sélection suppose l'examen de critères quantitatifs et qualitatifs. Quels sont-ils ?

Sur un plan purement quantitatif, nous analysons certains critères phares comme la performance passée, la tracking error, la taille du fonds. D'un point de vue qualitatif, nous apprécions la solidité financière de la société de gestion et la fiabilité de l'équipe de gestion du fonds préchoisi.
D'autres considérations subjectives pourront arriver par la suite.

Peut-on dresser une liste exhaustive de ces critères ?

Etablir une liste arrêtée parait difficile dans la mesure où les marchés financiers évoluent constamment et qu'il sera en conséquence toujours possible d'ajouter des critères.
Ceci étant, il est essentiel de baser son jugement sur une multitude de critères et pas sur un critère unique.

La performance passée doit être appréciée avec beaucoup de recul...

Il y a lieu de regarder cette performance sur un maximum de périodes. Remonter aussi loin que possible dans le temps permettra d'évaluer le comportement du fonds y compris dans des périodes de turbulence et d'avoir ainsi une vue élargie de ce que peut faire le gérant dans des configurations de marché difficiles. Cette performance doit être jaugée corrigée du risque.
La démarche d'attribution de performances nous aide par ailleurs à estimer quelle a été la source principale de cette performance : le choix de certaines valeurs, celui de certains secteurs ou de certains pays...
Il sera plus approprié de préférer les fonds dont la performance aura été générée par plusieurs sources, plusieurs stratégies sur un plan historique. Il ne faut pas qu'il y ait un seul bon investissement pari mais plusieurs bonnes décisions d'investissement.



Sous quel angle doit être envisagée la taille du fonds ?

Un fonds de trop petite taille a un plus grand risque de ne pas résister sur longue période.
Une taille minimum est requise pour être confortable sur la pérennité du fonds. On estime globalement que ce niveau se situe à 50 millions d'euros.
D'un autre côté, un fonds de taille conséquente implique le risque de ne pas pouvoir générer une performance aussi forte que par le passé pour des raisons de liquidité et de flexibilité.
La plupart des fonds que nous retenons font plusieurs centaines de millions d'euros. Il arrive que certains fonds sur lesquels nous sommes positionnés fassent plusieurs milliards d'euros si le gisement dans lequel il puise est très vaste.

Quels éléments doivent attirer particulièrement l'attention pour apprécier la solidité d'une société de gestion et la fiabilité de l'équipe de gestion ?

La société de gestion doit impérativement être dotée des moyens financiers, humains, techniques de ses ambitions. Certains process nécessitent davantage de ressources humaines. D'autres font plus appel à des modèles quantitatifs.
Sur les actifs émergents, par exemple, il y a un besoin d'avoir des ressources locales ou des ressources internes substantielles car les ressources externes comme les analyses financières sont moindres.

On distingue deux types de sociétés de gestion : des sociétés leaders qui interviennent sur l'ensemble des classes d'actifs et des sociétés plus spécialistes sur une classe d'actifs. Une combinaison des deux peut faire sens.
La société de gestion peut être en création et présenter tout de même un intérêt. Mais il faudra alors redoubler de vigilance.

L'historique et l'expertise des gérants qui composent l'équipe de gestion sont importants à inspecter. Il faut que le pilotage du fonds ne dépende pas que d'une seule personne, qu'il existe des back-upsdans les faits, qu'il y ait plusieurs intervenants sur une stratégie donnée.
Un examen de la marge de manoeuvre laissée à cette équipe est capital. Il faudra vérifier s'il n'existe pas une trop grande liberté d'action et dans ce cas s'il n'y a pas un trop grand décalage entre ce qui est avancé dans la description du fonds et ce qui est pratiqué en réalité. Ou au contraire, si des contraintes trop sévères ont été mises en place

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"Une victoire de Hillary Clinton entraînerait un "rally" en Europe", pronostiquent ce matin les équipes de Barclays Capital. "Un succès de Trump, à l'inverse, pourrait générer une correction".

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Nicolas Caplain, Directeur de la sélection de fonds externes de La Banque Postale Asset Management

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Bruno Colmant, Chef économiste de Degroof Petercam

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David Benamou, Associé gérant de Axiom Alternative Investments

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David Ganozzi, Gérant de Fidelity International

le 11/04/2017 12:01:00

Mathilde Guillemot, Gérante actions de Dorval Asset Management

le 11/04/2017 11:59:00

Cécile Aboulian, Responsable de l'analyse financière de Euroland Corporate

le 11/04/2017 11:58:00

Raphaël Moreau, Gérant actions de Amiral Gestion

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Nicolas Forest, Responsable de la gestion obligataire de Candriam Investors Group

le 06/04/2017 11:47:00

Xavier Timbeau, Directeur Principal de OFCE

le 06/04/2017 11:45:00

Benjamin Louvet, Gérant matières premières de OFI AM

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Eric Labbé, Gérant actions européennes de CPR Asset Management

le 21/03/2017 11:04:00

Patrick Artus, Chef économiste de Natixis

le 17/03/2017 11:09:00

Arnaud d'Aligny, Gérant Associé de Sycomore Asset Management

le 17/03/2017 11:08:00

Daniel Tondu, Président directeur général de Gestion 21

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